08 juin 2015

Les tribus ne parviennent pas à régler les conflits communautaires au Sud libyen

Les tensions n’ont jamais été maitrisées au Sud-Est libyen entre les Teboo, descendants des tribus africaines, et les Zwaias, d’origine arabe. Des centaines de morts ont été enregistrées des deux côtés dans ce conflit qui se poursuit depuis plus de deux ans et qui a engendré la fuite d’une proportion considérable des habitants de Kofra, dont la population est estimée à 40.000 habitants. Kofra est aux abords du Sahara libyen, dans une zone frontalière limitrophe de l’Egypte, du Soudan et du Tchad.

Les membres des tribus Teboo, présents également au Soudan, Tchad et Niger, accusent les autorités et les chefs de tribus locales de ‘discrimination’ à leurs égards et de tentative ‘d’épuration ethnique’ à leur encontre, pour les ‘exterminer de la région’. Les Arabes zwaias réfutent de telles accusations, tout en affirmant que ‘les Teboo continuent à faciliter les passages de ressortissants du Tchad et du Niger’. ‘Comme ils ont aidé El Gueddafi dans sa guerre, les voilà aujourd’hui soutenant Fajr Libya, voire même Daech », affirme un dirigeant d’origine Arabe. ‘La longueur indéterminée des frontières a facilité leur perméabilité et permis le passage des armes et des personnes dans les deux sens’, a-t-il poursuivi.

Par ailleurs, ces combats ne se sont pas limités à Kofra. Mais, ils se sont également étendus à Sebha, 4ème plus grande ville en Libye, à 750 kilomètres au Sud-Ouest, sur les frontières avec le Tchad et le Niger. Sebha, ville de 130.000 habitants, a connu, elle-aussi, des combats entre les Teboo et les tribus arabes, avec des dizaines de morts et des centaines de blessés.

Ces divers combats traduisent la persistance des conflits tribaux et des divisions dans la société au milieu d’un environnement caractérisé par la prolifération des armes et la multiplication des milices. Les gouvernements successifs ne sont pas parvenus à installer leur autorité et imposer la coexistence pacifique entre les groupes ethniques.

Par ailleurs, la poursuite des combats dans le Sud libyen et, notamment, les villes d’Oubari, Sebha et Kofra, traduit l’échec des gouvernements successifs en Libye, à imposer leur autorité sur cette contrée et l’incapacité des services à contrôler les frontières et empêcher le passage des milices armées. Cet état des lieux lève également le voile sur le rôle prépondérant des tribus libyennes sur l’échiquier politique.

L’expert Mansour Younes affirme dans ce sens que « le rôle de la tribu n’a jamais fléchi en Libye. La tribu a impacté les différentes échéances électorales, la résolution des conflits et, même, le processus de réconciliation en cours entre les belligérants de la scène libyenne ». Professeur Younes affirme aussi que « la tribu a un rôle fédérateur supérieur à celui de l’Etat car ce dernier est convoité par plusieurs prétendants alors que la tribu est un parapluie qui couvre tout le monde ».

Ce rôle fédérateur n’a pas empêché que des divergences aient lieu entre les tribus et qu’il y ait même des conflits armés et des victimes. « Cela n’est que le prolongement des anciennes pratiques des temps d’El Gueddafi lorsque certaines tribus étaient privilégiées, alors que d’autres étaient ignorées. Cela s’observe toujours dans des villes comme Syrte ou Béni Oualid, voire même dans les conflits du Sud libyen. Ce ne sont que des tentatives de préservation de certains acquis obtenus du temps d’El Gueddafi, ou du Roi Senoussi », selon le Doyen de la Faculté de Droit de Gharyane.

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