06 janvier 2016

Les 30.000 citoyens de Ghat (Libye), privés des services de santé

Près de trente mille personnes dans la ville de Ghat, située à l’extrême sud-est de la Libye, sont victimes d’une profonde pénurie de médicaments et de fournitures médicales, ce qui dégrade le niveau des services présentés aux habitants en matière de santé.

L’unique hôpital de la ville enregistre en effet un manque important de matériel médical, notamment suite à la fermeture de la route reliant Ghat à Awbari, ce qui empêche les fournitures arrivant de la ville de Sabha de parvenir à destination.

L’insuffisance des services de santé s’accompagne de la baisse du niveau de vie des habitants qui n’ont plus les moyens suffisants de couvrir les frais de soins et de médicaments, notamment dans des conditions sociales difficiles marquées par une baisse des salaires, une activité économique ralentie et limitée à l’élevage, une pénurie de carburants, ainsi que des prix exorbitants du fuel au marché noir. C’est ce qui épuise les habitants et leur occasionne de nombreux désagréments.

Ahmed Mathali, 25 ans, est un des habitants de la ville. Il dit avoir été obligé d’emmener sa mère malade se faire soigner dans une clinique privée de Tripoli, à 1500 kilomètres de chez lui, et cela malgré les frais très coûteux des soins. « S’il y avait eu à l’hôpital de Ghat le personnel médical spécialisé et les équipements médicaux nécessaires, je n’aurais pas été obligé de partir à Tripoli ».

Dans le même contexte, Tahar Mohamed assure que l’accouchement de sa femme dans la capitale Tripoli lui a coûté plus de six mille dinars qu’il a été contraint de payer, puisqu’il craignait pour la vie du bébé, surtout qu’il savait que le service de maternité de l’hôpital de Ghat a connu quatre décès faute de couveuse et de médecin spécialiste en obstétrique. Il explique encore que ce sont ces mêmes craintes qui ont poussé sa propre mère à se rendre à Tripoli pour se faire soigner, bien qu’elle sache à l’avance que l’opération chirurgicale qu’elle compte faire coûte très cher et que les loyers dans la capitale sont hors de prix.

Dans une déclaration qu’il a faite à Dune Voices, Hamza Annebi, le directeur de l’hôpital confie : « L’absence de cadres médicaux compétents dans des spécialités généralement considérées comme la colonne vertébrale de l’hôpital nous cause de nombreux problèmes. C’est d’ailleurs pourquoi, nous avons fait appel aux organisations de la société civile afin de faire venir des médecins  visiteurs qui assurent des services médicaux au profit des habitants de cette région abandonnée ».

Annebi explique encore que, « bien qu’elle ne reçoive plus aucune contribution budgétaire depuis 2013, la direction ne ménage pas ses efforts et ne cesse de revendiquer l’intervention urgente du Ministère de la Santé pour résoudre les problèmes de déficit ».

Le président de l’association « Mouwasset », Louay Al Kachech, qui se trouve en ce moment en visite à Ghat,  déclare au même site que « le nombre de malades ne cesse d’augmenter suite à l’arrivée des habitants des villes voisines dont les routes sont coupées ». Aussi propose-t-il que de nouvelles modalités de coordination avec le Ministère de la Santé soient trouvées afin que le passage des caravanes médicales et l’arrivée des médecins permanents soient facilités.

D’autre part, ajoute-t-il,  le cadre médical disponible se limite à certains coopérants inexpérimentés venus de la Corée du Nord. Ces derniers se trouvent obligés d’exercer plusieurs fonctions dans plusieurs spécialités en même temps, ce qui n’est pas normal, comme il dit. Car les cas sont multiples où l’on voit souvent des complications qui peuvent mener au décès faute de spécialistes.

Par ailleurs, depuis cinq ans, l’hôpital de Ghat fait l’objet de travaux de restauration et de réaménagement qui n’en finissent pas de durer depuis. Cela a poussé le personnel travaillant à l’hôpital à transformer certaines chambres du dispensaire de la ville en blocs opératoires dénués des conditions minimale d’hygiène, ce qui laisse présager bien entendu d’une catastrophe imminente sous les regards passifs des autorités de tutelle.

 

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