05 août 2015

Une catastrophe environnementale risque de suppléer la guerre dévastatrice à Benghazi

Il est difficile de savoir, à première vue, s’il s’agit de zones frappées par un ouragan, un tremblement de terre, si c’est la peste qui les a ravagées. Il n'y a ni des cris d’enfants qui jouent, ni des klaxons d’embouteillages, ni tout autre signe de vie. Uniquement le son des tirs, la guerre et l’odeur de la mort.

Effrayés par la possibilité d’être atteints par des maladies infectieuses, plus de 21 mille familles ont quitté leurs domiciles. Ils ne peuvent plus vivre en guerre et au milieu de corps en décomposition, des ordures accumulées, des chiens errants et enragés et des eaux usées, outre la difficulté d’accès aux services publics.

Depuis la mi-Octobre 2014 et jusqu’à ce jour, les habitants de Benghazi vivent dans une situation dangereuse et difficile : Assassinats, enlèvements, torture, outrage aux cadavres et bombardements.

A cause de cette situation de chaos, plus de 21 mille familles ont quitté leurs domiciles. Ils vivent actuellement dans des maisons louées à des prix élevés (plus de mille dinars libyens par mois) dans des quartiers plus sûrs. D’autres familles ont pris les écoles pour refuge et s’y sont installées, faute de moyens.

« Il s’agit d’une situation tragique et catastrophique », estiment les volontaires du Croissant-Rouge libyen. Contactés par MDI, les responsables du bureau d’information de l’organisation humanitaire ont indiqué qu’ils se sont rendus dans toutes les zones de conflit comme les quartiers de Garyounes, Laithi, Bouatni, le marché aux Poissons, le centre-ville et Sabri. Ils ont pu constater de visu l’ampleur de la tragédie.

« Nous sommes face à une vraie catastrophe environnementale et nous ignorons s’il sera possible de la réparer », nous ont-ils révélé.

Et d’ajouter : « Au quartier Bouatni, qui a été déjà nettoyé, les cadavres étaient partout : dans les rues et sous les décombres. Certains sont décomposés. Il y avait du sang éparpillé partout, des restes de nourriture moisie, des ordures et des eaux usées partout ».

Le croissant rouge libyen a trouvé plus de cent corps dont certains ont été identifiés après les analyses génétiques pour être enterrés par leurs familles. « Nous avons réussi à nettoyer la zone Bouatni par de simples moyens mais à la fin des affrontements dans toutes les régions, la situation sera plus désastreuse », ont estimé nos sources.

«Malgré le manque de ressources, nous allons faire de notre mieux pour empêcher le retour des personnes déplacées jusqu’à la garantie totale de la sécurité hygiénique de la zone et de la stabilité dans la région », ont tenu à préciser les responsables du croissant rouge libyen.

De son côté, le Dr Ahmed Hassi spécialiste des maladies infectieuses au centre médical de Benghazi a mis en garde contre la propagation des chiens errants dans les quartiers de la ville.

Il a fait savoir que lui-même avait vu des chiens qui se mangent les uns les autres indiquant qu’il s’agit d’un indicateur très sérieux de l’existence de la rage. Il a expliqué qu’à ce stade, les morsures des chiens aux humains peuvent provoquer des infections dangereuses et peuvent même entrainer la mort notamment en l’absence de vaccins et des traitements nécessaires.

Dans ce même contexte, Dr Ahmed Al-Haddad spécialiste des maladies infectieuses a déclaré que la guerre et les catastrophes environnementales ont favorisé la transmission des infections faisant remarquer que les maladies les plus graves sont celles qui se transmettent par friction ou par le système digestif telles que le choléra, la salmonelle, la peste, etc.

Dr. Haddad a souligné la nécessité d’assainir totalement les zones de conflit avant le retour des personnes déplacées à travers l’usage des pesticides et l’élimination de tous les vecteurs de transmission des maladies. Il a également signalé l’importance d’interdire la pêche dans les zones de conflits proches de la mer, jusqu’à la vérification de la comestibilité des poissons.

Dans les hôpitaux publics, un autre spécialiste des maladies infectieuses a mis l’accent sur la nécessité de s’assurer de la stérilité des outils et des équipements médicaux outre l’importance d’accueillir les blessés venant des zones de conflit dans des pièces isolées afin de s’assurer de la non transmission d’éventuelles infections à d’autres patients.

Pour sa part, Ahmed Allagui, spécialiste dans la gestion des crises, a tiré la sonnette d’alarme et a souligné l’urgence d’établir un plan de crise pour prendre rapidement des mesures préventives, tels que la vaccination contre les épidémies, l’assainissement des bâtiments et l’abattage des animaux.

Concernant les habitants déplacés, ils nous ont certes révélé leur insistance à revenir à leurs domiciles, dès que possible. Certains disent même « quelles que soient les conditions ».

Haj Fathi habite dans une école primaire avec sa famille depuis des mois. « Vous ne pouvez pas imaginer comment est devenue ma vie. Je souhaite mourir dans ma maison même si elle n’est plus habitable », a-t-il dit avec beaucoup de regret.

Mme Asma se déplace avec ses enfants et sa mère malade chaque fois chez un membre de sa famille. « Je continue à patienter mais j’espère que la situation s’améliorera dans les plus brefs délais », a-t-elle souhaité.

Rajab, lui n’est pas prêt à mettre sa famille en danger. « Je suis complètement conscient de l’ampleur de la crise environnementale dans ma région et je n’y retournerai qu’après son assainissement total », a-t-il indiqué.

Ahmed attend, quant à lui, la libération de sa région. « J’y reviendrai dès que les envahisseurs seront partis pour récupérer ma maison qui est tombée en ruines », a-t-il signalé.

En attendant la fin de la guerre dans les zones de conflit, les épidémies et les infections risqueraient aussi de faire d’autres morts. La prévention doit être de mise. Mais, a-t-on les moyens ?

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