Barzakh : l’éditeur d’une nouvelle génération

31 mars 2017
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Les éditions Barzakh ont donné leurs premières lettres de noblesse en 2013 à Kamel Daoud, entre autres talents méconnus, en publiant « Meursault contre-enquête ». Son roman a remporté le prix François Mauriac, celui des Cinq continents de la Francophonie et surtout le prix Goncourt du premier roman en 2015.

 

Barzakh peut se targuer de maintenir en vie la littérature algérienne dans un contexte politique quasiment hostile à la création.

 

Créées en 2000 par un jeune couple d’intellectuels, Selma Hellal et Sofiane Hadjadj, les éditions Barzakh ont, comme dirait l’autre, choisi l’année de leur naissance. Un accouchement survenu à la fin de la décennie noire qui a endeuillé l’Algérie (1993-2003).

 

Un investissement intellectuel fort risqué dans un pays tanguant encore au gré des troubles et des instabilités, où publier un livre, et le lire, surtout, était loin d’être une priorité pour la population.

 

Une résistance et une persévérance qui payent. En 2010, Selma et Sofiane obtiennent le Grand Prix de la Fondation Prince Claus pour la culture et le développement aux Pays-Bas. 

 

Selon le jury, le Grand Prix Prince Claus « est un hommage à la maison d'édition Barzakh pour la façon dont elle a donné une forme concrète aux voix algériennes, pour avoir ouvert un espace de réflexion critique tellement nécessaire sur les réalités algériennes, pour avoir construit une passerelle entre des langues et des cultures différentes, et pour avoir rompu de manière créative la menace d'isolement culturel du pays ».

 

Architecte de profession et romancier, Sofiane résumait cette aventure littéraire dans un entretien à Africultures en 2011, avec passion mais humilité : « Les choses ne se sont pas faites selon un plan préétabli. Nous avons juste eu de la chance de croiser certains auteurs à un certain moment, de ne pas laisser tomber trop vite… Et la reconnaissance est très relative : l’économie du livre est très fragile, tout va très vite, il faut essayer de garder le cap que nous nous étions fixé, malgré les aléas divers ». 

 

L’écurie de Barzakh est désormais riche d’auteurs, naguère sans notoriété, aujourd’hui célèbres, comme Kamel Daoud,  Maïssa Bey, Kaouther Adimi, Samir Toumi. Ce dernier qui, fin 2016, signe son deuxième roman, « L’effacement », une sorte de suite de sa première œuvre « Le cri ». Il est en perpétuelle quête de la vérité sur Alger et s’interroge sur les  « liens entre l’espace et l’histoire, entre l’individu qui l’habite et une ville portée aux dimensions d’un pays. Mais la personne se fait elle-même réceptacle de l’histoire collective ici, ce qui génère une violence inouïe et interroge en profondeur sur le rapport de l’homme à son histoire à la fois personnelle et collective, sur la manière dont on peut tomber malade de ses propres murs, sur l’espace intérieur de l’histoire familiale et l’architecture d’une histoire nationale… »

 

17 ans après sa naissance, Barzakh a gagné d’autres galons, ceux notamment de la reconnaissance internationale en élargissant son catalogue à des essais historiques, des études, biographies littéraires, et aux beaux livres.

 

En parallèle, des partenariats ont été développés avec quelques maisons d’éditions françaises, dont les éditions de l’Aube, Actes Sud et le Bec en l’Air.

 

Barzakh, c’est l’histoire d’un jeune couple amoureux des mots et de l’art. Rebelles, résistants, audacieux… Selma Hellal et Sofiane Hadjadj incarnent l’espoir d’un pays en perpétuel bouleversement.

 

Chahreddine Berriah

 

 

 

Projet MDI


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