Les anciens esclaves sont à l’origine de plusieurs genres musicaux Les anciens esclaves sont à l’origine de plusieurs genres musicaux

Mauritanie : le jeu du gourdin ou la danse de l’émancipation des esclaves

31 mars 2017
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La danse du gourdin, ou le jeu du gourdin, est une célèbre danse folklorique populaire héritée des esclaves en Mauritanie.

 

Cela ressemble à un combat à l’épée rythmé par les applaudissements des spectateurs, sauf que les épées sont remplacées par de robustes gourdins en bois, soigneusement choisis pour endurer les coups répétés.

 

Le jeu prend habituellement la forme d’un duel, mais le combat peut parfois rassembler trois personnes, une personne jouant contre deux autres, le tout au rythme des battements de tambour, des cris enthousiastes et des youyous des femmes.

 

Une icône

 

Le jeu du gourdin est un véritable spectacle pour la majorité des villageois du sud mauritanien

 

Selon le chercheur  Abdallah weld Esselek, la danse du gourdin, dont les mouvements s’inspirent du registre équestre, est apparue il y a trois siècles.  De jeunes esclaves, ouvriers agricoles et domestiques, essayaient, après une dure journée de labeur, de jouer des scènes de bravoure devant les femmes issues du même milieu social. Ces fêtes se déroulaient généralement  loin des yeux des maitres, les danseurs entonnant timidement  des locutions qui expriment le refus de leur statut.  Weld Esselek ajoute que la danse du gourdin n’est nullement le fruit du hasard ou de l’improvisation spontanée. Issue d’un passé lointain, cette expression du refus de l’esclavage a intégré au fil du temps un patrimoine populaire lié à l’Histoire folklorique d’une large catégorie de Mauritaniens.

 

Large popularité 

 

Leblida, une danse mixte, présente dans toutes les fêtes de mariage des Mauritaniens

 

Avec la promulgation de lois criminalisant l’esclavage en Mauritanie, dans les années 1960, la danse du gourdin est devenue une partie de la conscience collective du peuple mauritanien, notamment dans les régions du sud. Elle est présente, depuis, dans toutes les cérémonies, notamment les fêtes de mariage.*

 

Ampéric, un danseur populaire, affirme à ce propos que cette danse, étant une incarnation du patrimoine des Haratines, s’impose toujours malgré le changement des expressions culturelles au fil des temps. Ampéric note que le jeu du gourdin jouit  d’un intérêt populaire dans plusieurs régions et d’un large public. Il est ainsi constamment présent dans les localités d’Atrarza et Brakna. Notre interlocuteur affirme même que les fêtes mauritaniennes d’aujourd’hui n’ont aucune valeur sans cette danse, synonyme de refus et de virilité.

 

D’autres genres musicaux

 

Le folklore mauritanien lutte pour survivre

 

Outre la danse du gourdin, spécifique aux anciens esclaves, d’autres genres musicaux  liés aux souffrances de cette classe sociale ont vu le jour. Les domestiques jouaient de tristes mélodies avec un instrument appelé «al-nifara », un gadget en bois munis de quatre trous sur les côtés. Les bergers, eux, sont à l’origine d’une autre musique  jouée avec « al-zouzaya », un instrument fabriqué à partir d’écorce de racine d’acacia, que les bergers utilisaient pour mimer les sons de la nature, tels que les cris des animaux.

 

Toutes ces danses et ces musiques font partie aujourd’hui du tissu social et culturel mauritanien. Riches de leur héritage, ces expressions artistiques sondent les profondeurs de l’expérience humaine des anciens esclaves en Mauritanie.

 

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