Les manifestants devant la boite de nuit « Calmi » Les manifestants devant la boite de nuit « Calmi »

Les bars de Tombouctou pris pour cible

31 mars 2017
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Tombouctou, capitale de la civilisation islamique au Mali et sur le continent… Elle est appelée la ville des 333 saints,  étant associée à un grand nombre d’oulémas considérés comme saints par les habitants.

 

C’est la raison pour laquelle des groupes de jeunes de Tombouctou estiment que la vente d’alcool est un phénomène exogène, qui n’a pas de place dans leur ville. Ils ont lancé une initiative intitulée « la révolution des jeunes contre l’alcool et la drogue » qui a résulté dans la démolition de plusieurs bars ainsi que de l’unique boite de nuit de la ville appelée «Calmi », et située dans le quartier populaire de « Hamabango » au centre-ville, le 25 février dernier.

 

Le propriétaire du « Calmi », Sandome Sisko, accuse ceux qu’il appelle « les mains cachées » d’être derrière les actions des centaines de jeunes et de femmes qui ont saccagé sa propriété. Il affirme : « Je les ai entendus scander Allahou akbar lors de leur assaut… et je ne crois pas qu’ils avaient toute leur tête ».

 

Siskou fait venir l’alcool dans la ville par voie terrestre, et parfois sur les bateaux via le fleuve Niger. Une bière, explique-t-il, coûte 750 francs CFA à Tombouctou « alors qu’à Mopti, au centre du Mali, elle coute 45% moins cher ». Il a évalué ses pertes à près de 20 million de francs CFA, notant que ceux qui avaient pris d’assaut sa boite de nuit ne se sont pas contentés de  la démolir mais l’ont également pillée.

 

La boite de nuit « Calmi », en flammes

 

De son côté, le président de l’initiative « la révolution des jeunes contre l’alcool et la drogue », Alfa Boubakr Tandina, a refusé de reconnaitre les pertes de Sisko, niant qu’une quelconque partie soit derrière leur opération.

 

Tandina exerce la profession d’infirmer dans l’hôpital de la ville, et est âgé d’une trentaine d’années à peine. « Nous avons créé notre association en octobre 2016, afin de faire face au phénomène de la vente d’alcool dans notre ville sainte, et de protéger nos petits frères avec nos propres moyens, justifie-t-il. Nous avons remarqué que ces bars sont beaucoup plus fréquentés par les mineurs que par les adultes. Ces petits deviennent peu à peu alcooliques et finissent par quitter l’école. Pire encore, on ne se contente pas de leur vendre de l’alcool, on leur vend aussi des comprimés de Tramadol (un antalgique qui entraîne une dépendance ndlr) aussi ».

 

Il affirme avoir organisé avec d’autres personnes des cycles de sensibilisation sur les dangers de l’alcool et de la drogue, dans les quartiers de la ville, spécialement dans les écoles, mettant en garde ceux qui vendent ces produits. En vain. Son association a  alors décidé de démolir la boite de nuit qu’il qualifie de « tanière  de prostitution et de drogue».

 

Le président de l’initiative note que « plusieurs jeunes ont pris conscience des méfaits de l’alcool et ont arrêté d’en consommer grâce à l’association… Ces jeunes ont participé à la démolition de la boite de nuit, avec des centaines de membres ». Selon lui des imams et des membres du clergé, ainsi que des présidents de conseils des quartiers ont également participé à l’opération.

 

Le président de l’association à l’origine de l’initiative

 

Tandina insiste sur la nécessité de continuer sur la même voie en démolissant  tous les bars qui continuent de vendre de l’alcool.

 

Slimane Sissi, un jeune de  19 ans, membre à son tour de l’initiative de la démolition des bars, affirme pour sa part à « Dune Voices » : « J’ai participé à l’opération parce que je suis convaincu du danger des boissons alcoolisées… Et je continuerai à participer à ce genre d’opérations jusqu’à ce qu’on vienne à bout de ce phénomène ».

 

Mais tous les jeunes ne partagent pas cette façon de voir. Saleha Maiga, président du Conseil communal des jeunes, affirme qu’il y a des jeunes qui respectent  la volonté de certains de vivre  comme bon leur semble et refusent d’interférer dans la vie personnelle d’autrui.

 

Maiga ne manque pas de condamner la démolition des bars. « L’affaire n’est pas encore close et nous allons la renvoyer devant la justice… La boîte de nuit appartient à un jeune de la ville, et le Conseil des jeunes n’acceptera pas qu’un des nôtres subisse une injustice. Nous allons le défendre » déclare-t-il.

 

Des bières en lambeaux

 

De son côté, le président du Conseil du quartier Hamabango affiche clairement son soutien à l’initiative de la démolition des bars. « Nous sommes musulmans avant tout et nous n’allons pas nous taire face à la destruction de nos foyers… Il y en a même qui se saoulent dans ces bars et essayent par la suite de violer leurs propres mères » affirme-t-il.

 

« Je leur tire mon chapeau, dit-il à l’intention les jeunes ayant participé à l’initiative,  Tombouctou est une ville connue pour son attachement à l’islam et ces bars n’ont vu le jour qu’après le déclenchement de la guerre.  Ces jeunes ne sont pas des extrémistes… Ils sont juste les descendants des marabouts et des oulémas ».

 

Projet MDI


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