Les expatriés de Tawergha vivent dans des conditions extrêmement difficiles à cause des pluies. Les expatriés de Tawergha vivent dans des conditions extrêmement difficiles à cause des pluies.

L’exil intérieur des Tawerghais se prolonge

31 mars 2017
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Six ans se sont écoulés depuis que les habitants de Tawergha ont été contraints de quitter leur ville pour fuir les représailles des habitants de Misrata. Ces derniers leur tiennent rancune depuis que leur ville a servi de quartier général aux opérations armées menées par Kadhafi contre leur propre ville.

 

Le drame des habitants de Tawergha a débuté à l’été 2011, quand, chassés de force ils ont laissé derrière eux une cité fantôme  et ont été dispersés entre plusieurs villes libyennes; et ce malgré les nombreux appels lancés pour les soutenir et malgré les promesses et les accords restés jusqu’à ce jour en attente de concrétisation.

 

Les câbles d’électricité traînant par terre mettent en danger la vie des enfants.

 

Depuis, des camps regroupant des Tawerghais sont apparus un peu partout en Libye, depuis Houn la plus proche de chez eux, jusqu’à Beni Oualid, Benghazi, Tripoli et bien d’autres villes… Dans le camp de Fellah à Tripoli, ces déplacés vivent dans des conditions pitoyables reflétant parfaitement la souffrance qui est le lot d’une majorité écrasante des membres de cette tribu. Car ces camps ne les protègent ni du froid des pluies hivernales, ni de la chaleur des vents sahariens pendant l’été ; ces constructions de fortune sont très loin de garantir l’environnement nécessaire à la paix psychologique de leurs occupants.

 

Un bannissement forcé

 

Dune Voices a pris contact avec Salem Mahmoud Mrihil, un des habitants du camp de Fellah à Tripoli. Il évoque sa situation avec désespoir : « Quel nom pourrais-je me donner à moi-même aujourd’hui, dans la situation où je me trouve ? Suis-je un exilé, un déplacé ou quoi exactement ? Je n’en sais rien… Le déplacement, autant que je sache, est une situation provisoire, en attendant que les choses redeviennent ce qu’elles étaient auparavant. Mais ce que nous vivons, nous, ne peut être considéré que comme un bannissement forcé ».

 

Salem mahmoud Mrihil.

 

Salem vit dans un petit entrepôt dont le toit en taule délabrée laisse passer l’eau des pluies et le froid des vents. Il dit sur un ton fataliste : « Si nous sommes innocents et qu’on nous a injustement fait vivre, six années durant, dans ces conditions lamentables, nous finirons par obtenir justice auprès de Dieu ; mais si nous sommes coupables, nous avons déjà reçu le châtiment que nous méritons ».

 

Maoufoura Salama M’barek, une femme âgée qui souffre de la présence d’un voile de liquide blanchâtre sur les yeux, en plus d’une hypertension chronique nous confie : « Sous la tente qui m’abrite il n’y a ni chauffage ni électricité  et je suis tout le temps exposée au froid, ce qui est à l’origine de plusieurs complications qui fragilisent ma santé. De plus, J’ai souvent du mal à me procurer les médicaments pour mon hypertension ». 

 

Maoufoura Salama M’barek.

 

5000 familles déplacées

 

Selon des déclarations faites par Abdelaziz Hsan, président du comité des secours et des aides au sein du Conseil Régional de Tawergha, le nombre total de familles habitant dans les camps est supérieur à 5000. « 1545 d’entre elles se répartissent sur dix camps de la zone ouest, tandis que le reste est dispatché entre la zone nord et la zone sud. Du reste, il n’existe pas de chiffres exacts sur le nombre des familles tawerghaises qui ont quitté la Libye » précise-t-il.

 

Une situation lamentable dans le camp de Fellah

 

La plupart de ces familles vivent dans des conditions humanitaires pénibles et ne souffrent pas uniquement des mauvaises conditions d’hébergement, mais aussi du mauvais approvisionnement en vivres et du manque  soins médicaux. Leurs enfants qui doivent suivre les cours du cycle primaire dans les mêmes camps souffrent de leur côté de difficultés scolaires.

 

Plusieurs déficiences au niveau de l’enseignement

 

Mahassen Abdallah Ahmed, institutrice au camp de Fellah à Tripoli décrit les conditions de son travail en disant : « L’endroit  qui nous sert d’école n’est pas digne de ce nom. En effet, la plupart des élèves se mettent à trois par siège faute d’espace. De plus, les maladies qu’ils attrapent, en particulier pendant l’hiver ou à cause des pluies les empêchent d’être assidus, sans oublier le fait que l’école ne dispose pas de suffisamment  d’instituteurs d’anglais et de mathématiques ». 

 

La plupart des élèves se mettent à trois sur un seul et même siège, faute d’espace.

 

Une autre dame qui a préféré garder l’anonymat ajoute : « L’infrastructure de l’école est insalubre. Mes enfants suivent leurs cours dans une salle de classe dépourvue de fenêtres et il y a même des câbles d’électricité qui traînent par terre, ce qui constitue une réelle menace pour la vie des petits ». Eclatant en sanglots, elle conclut en répétant : « Qu’avons-nous fait pour mériter tout cela ? ».

 

L’institutrice Mahassen Abdallah Ahmed.

 

Un accord resté en attente de concrétisation

 

Un accord de réconciliation entre les personnalités de Tawergha et ceux de Misrata a été signé à Tunis en août 2016. Il stipule le retour des habitants de Tawergha chez eux et leur donne droit à des dédommagements. Seulement, les six mois qui ont suivi cette signature n’ont pas été suffisants pour mettre en application cet accord, qui attend toujours l’approbation du gouvernement.

 

Par ailleurs, le président du Conseil Régional de Tawergha accuse le gouvernement de « retarder volontairement la mise en application de l’accord ». Achraf Athelthli, l’ancien porte-parole du gouvernement de réconciliation, refuse quant à lui de s’exprimer sur la question, affirmant que les polémiques autour de cette question ont pour but de discréditer le gouvernement.

 

Pendant ce temps, le drame des habitants de Tawergha se poursuit, et certains d’entre eux estiment que le rejet affiché à leur égard, ancré depuis longtemps dans les traditions de nombreuses tribus libyennes, est l’une des principales raisons de l’acharnement dont ils sont victime depuis l’été 2011, malgré la succession de différents gouvernements.

 

Projet MDI


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