La galère des travailleurs de l’informel à Tidjikja

31 mars 2017
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Le secteur informel joue un rôle important à Tidjikja. Les activités économiques de la région dépendent même pour l’ essentiel du travail au noir. Malgré la place qu’ils occupent, ces travailleurs informels n’en font pas moins face à de nombreuses difficultés. Mécaniciens, charretiers, maçons ou vendeuses à l’étal se débattent tant bien que mal pour travailler et faire vivre leurs familles, sans aucun soutien.

 

«  Nous menons une vie très difficile, c’est  à peine si nous parvenons à assurer notre survie quotidienne. Nous ne pouvons assurer les soins et les frais scolaires de nos enfants qui dépassent rarement le seuil de l’enseignement primaire et nous n’avons aucun soutien des autorités administratives régionales qui sont pourtant conscientes de la précarité de notre situation » confie Cheibany Ould Alioune chef d’un garage mécanique à Tidjikja. 

 

 

A travers ce cri de cœur, Cheibany résume la pénible situation vécue par les travailleurs de l’informel à Tidjikja. Cette ville du centre de la Mauritanie est l’une des rares capitales régionales dépourvues d’usines ou d’unités de production. Le travail informel y est donc particulièrement présent.  Avec 12 000 individus sur 30 000 habitants, il représente la moitié de la population active.

 

Ils sont mécaniciens, charretiers, tôliers, ndiayatt (vendeuses à l’étal), maçons, laveurs de voiture, vendeurs à la sauvette et menuisiers. Ils connaissent tous la même galère et  travaillent dans des conditions très pénibles. Toujours debout sous le soleil, ils sont exposés à tous les dangers du fait de la manipulation d’objets dangereux  et de produits nocifs. Sans assurance et sans sécurité sociale, ils sont des laissés-pour-compte dont le sort n’émeut personne.  Mal payés, ils vivent au jour le jour : ils dépensent ce qu’ils ont gagné la vieille et se retrouvent sans le sous le lendemain.

 

Pas de revenus fixes, pas d’accès aux crédits

 

Sans revenus fixes ils n’ont pas accès aux crédits bancaires.  « Nous sommes dans l’impossibilité de pouvoir accorder des prêts à ces travailleurs qui ne peuvent fournir aucune garantie. Rien n’est prévu pour des cas de ce genre.  C’est dommage nous sommes une institution bancaire, nous ne faisons pas du social » martèle le chef de l’une des deux agences bancaires représentées à Tidjikja.

 

Comme alternative, les travailleurs de l’informel à Tidjikja ont la possibilité de se rabattre sur la caisse de dépôt et de développement (CDD) dont les activités ont été lancées il y a deux ans. Les formalités prévues pour accéder aux crédits de la CDD bien que simples et accessibles,  n’ont suscité que peu  d’engouement dans les rangs des travailleurs de l’informel qui pour la plupart n’ont pas de titre à hypothéquer. Il n’empêche que selon Mohamed Ould Saleck chef d’agence de la CDD de Tidjikja, sur les 250.000.000 UM (632 912 dollars) de crédits octroyés la première année, plus d’un tiers est revenu aux travailleurs de l’informel. Mais ce dernier regrette  des difficultés liées au recouvrement des créances.

 

«  J’ai pu bénéficier d’un crédit de la CDD pour ouvrir un petit commerce en produits alimentaires. Mais les choses n’ont pas marché comme je le prévoyais. Les charges familiales ont eu raison de ma détermination et la boutique a fondu comme beurre au soleil  » regrette Mohamed Mahmoud.  

 

 

Moyssa, mécanicien de métier,  a voulu, pour sa part, se reconvertir en gérant de dépôt de briques mais le défi s’est avéré difficile à relever :  « Non seulement le prêt ne pouvait pas couvrir tous les frais pour l’installation du dépôt mais un événement douloureux (paralysie suite à un accident de voiture) est venu perturber tous mes calculs. Ne pouvant plus honorer mon engagement auprès de la CDD, c’est finalement un bienfaiteur qui s’en est acquitté »

 

En l’absence de prise en charge médicale, ces travailleurs ont toutes les peines du monde à se faire soigner eux et leurs familles. Ils ne sont pas couverts par la Caisse nationale  d’assurance maladie  (CNAM) qui n’assure que les fonctionnaires du service public. 

 

«  La couverture médicale devait être universelle et couvrir tous les Mauritaniens sans distinction de métier, de statut et de fonction. Les travailleurs informels ont les mêmes droits que les autres et ils doivent avoir accès à la CNAM comme c’est le cas dans des pays voisins» regrette Sidi Mohamed Ould Abdel Jelil chef section Tidjikja de la centrale syndicale CGTM. 

 

Ce dernier regrette aussi que les services déconcentrés de l’Etat ne s’intéressent pas aux travailleurs au noir dans leur programme de développement. « Aucun  programme, aucun projet ne cible ces travailleurs qui ont pourtant besoin d’être formés, encadrés et soutenus » lance Ould Abdel Jelil.

 

Un secteur déstructuré 

 

«Mes amis et moi avons squatté une place publique pour y installer notre garage. Nous travaillons en plein air dans des conditions inacceptables. Notre souhait est d’avoir un garage répondant aux normes. Un de mes clients m’a suggéré de solliciter l’appui de la part des autorités administratives locales, chose que j’ai faite mais qui n’a pas abouti. J’ai compris finalement qu’il faut se constituer en groupe, en association ou en GIE pour être plus efficace » reconnait Cheibany Ould Alioune.  En effet, les travailleurs de l’informel à Tidjikja n’adhèrent à aucune structure, ils sont éparpillés et n’ont aucun cadre de concertation.  

 

 

«  La solution aux problèmes de ces travailleurs passe forcément par leur structuration. Il est certain que ces derniers apportent beaucoup à la population locale. Leur impact positif est indéniable mais pour qu’il soit plus évident et pour que ces travailleurs soient reconnus à leur juste valeur, ils doivent s’organiser » soutient Ould Abdel Jelil.

 

Les femmes vendeuses, communément connues sous le nom de Ndiayat, et les artisans de Tidjikja ont commencé depuis peu à se constituer en coopératives. Manquant de l’essentiel (appui matériel et financier des pouvoirs publics, absence d’encadrement et de formation), ces coopératives nouvellement constituées risquent de ne pas jouer le rôle de locomotives pour  un secteur informel moribond à Tidjikja.

 

Khalil Sow

 

 

 

Projet MDI


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