Site de Toloy vandalisé (Source Mission culturel de Bandiagara ) Site de Toloy vandalisé (Source Mission culturel de Bandiagara )

Le pays Dogon, un site culturel menacé

20 mars 2017
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Le pays dogon est l’un des sites les plus imposants d’Afrique de l’ouest et un haut-lieu touristique du Mali avant que la guerre ne fasse irruption dans le pays. 

 

Appelé aussi ‘’Falaise de Bandiagara’’ ou ‘’Plateau dogon’’ le site, situé dans l’est du Mali, est inscrit sur la Liste du Patrimoine Mondial en tant que bien mixte (Culturel et Naturel) sur 4 000 km² depuis 1989.

 

En plus de ses paysages exceptionnels, le site « sanctuaire naturel et culturel »  de la Falaise de Bandiagara est riche en patrimoine culturel.  Il  comporte deux dimensions essentielles : le matériel (dessins, sculptures, monuments, nécropoles…) et l’immatériel (pratiques culturelles et savoir-faire). L’art Dogon est mondialement réputé.

 

Mais le développement touristique et économique de la région, qui était en plein envol, s’est arrêté brutalement en 2012. Depuis, le pays Dogon subit une grave crise économique et sécuritaire. Le syncrétisme religieux qui y est pratiqué est dans le collimateur des djihadistes, qui sont à la porte du pays Dogon et qui y font régulièrement des incursions.

 

Pillage d’un site archéologique de Boré

 

Le patrimoine du site subit régulièrement dégradations et pillages,  selon la Mission Culturelle  de Bandiagara (MCB), qui a pour rôle d’assister le Ministère de la culture dans ses tâches de protection et de mise en valeur du  pays Dogon.

 

Fin 2012, le mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) a détruit le toguna  (« case à palabres » érigées dans les centres des villages), de la ville de Douentza.

 

toguna de Douentza incendié par des djihadistes en 2012 lors de l’occupation

 

Les djihadistes, qui ont brièvement occupé la localité,  ont non seulement vandalisé le Toguna de Douentza, mais aussi incité certaines personnes à commettre des vandalismes et destructions déplorables souvent irréparables. 

 

Les cas d’incendie  des Toguna un symbole de la culture Dogon, se sont multipliés. Comme dans le village Teme Na dans la commune rurale de Koropo Na dans le cercle de Bankass où un homme Allahidou Togo, ayant travaillé à Bamako, et radicalisé lors de son retour au village a incendié le toguna.

 

Toguna de Témé-Na incendié et reconstruit (source MCB)

 

Les habitants ont appris plus tard que Monsieur Allahidou avait épousé les idées du groupe djihadiste Ansar dine. Monsieur Togo n’en était pas à sa première tentative, les premières ayant échoué (avec amende de réparation infligée à sa famille).

 

A Sangha, autre commune importante du pays Dogon, des individus non identifiés ont détruit un lèbè (objet totémique et protecteur du village) de Sangha-Ogoley.  Des infrastructures Toloy, se trouvant sur le rebord de la falaise, à la hauteur de Sangha ont été vandalisées puis saccagées à trois reprises en 2014. Le site appartient au terroir de Pèguè situé à l’Est au pied de la Falaise.   

 

Un village Dogon au flan de la falaise (source MCB)

 

Le patrimoine matériel est aussi en danger, et pas seulement du fait de la menace islamiste qui cible la culture et la croyance animiste des Dogon.  Dans les Arrondissements de Boré et surtout Douentza, il y a eu une ruée pour la recherche de perles sur des sites historiques, entre Septembre 2014 et Mars 2015.

 

Comme l’explique Pierre Guindo, directeur de la Mission culturelle de Bandiagara : « Malgré le rôle déterminant que jouent les traditions, les objets de cultes, les rites et les lieux dans la socialisation de l’individu  bon nombre de ces valeurs sont aujourd’hui mises à rude épreuve ». Les conséquences sont entre autres : l’abandon  de sites initiaux de certains villages, l’exode rural, le vol d’objets et le  pillage de sites archéologiques qui alimentent le trafic illicite de biens culturels.

 

 « Le tourisme et le marché de l’art, surtout, sont un facteur qui affecte aussi beaucoup le patrimoine. Il encourage le commerce illicite des biens culturels. Les jeunes de plus en plus avides d’argent, n’hésitent plus à enlever  les objets gardés sous la responsabilité de pères, «  hogon » ou chefs de gin’na  de société, pour aller vendre aux touristes ou aux réseaux de trafiquants d’objets d’art. Les touristes étaient souvent responsables de profanation des lieux interdits et sacrés (comme les tombes, les sanctuaires) et de dégradation naturelle de site par le jet de déchets polluants et souvent toxiques comme les boites de sardines, les piles » souligne  le directeur de la MCB.

 

Des objets pillés en destination inconnue recuperé (source MCB)

 

D’après un guide de Bandiagara, les touristes ayant déserté le pays Dogon, le trafic des biens culturels se fait maintenant en direction du Burkina Faso. « Les intermédiaires, qui se disent antiquaires, sont surtout ceux des villages de la Falaise » explique-t-il.

 

La mondialisation a aussi fortement influencé les valeurs sociétales. Et la société dogon n’échappe pas à la règle. Cela a eu des effets négatifs sur la protection et la mise en valeur de ce riche héritage. 

 

Le patrimoine immatériel est menacé par plusieurs facteurs, dont la déperdition  des savoirs et savoir-faire. Comme le soutient un célèbre écrivain Dogon « un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle ». Et l’importance et les croyances jadis accordées aux cultes est aujourd’hui moindre. Les traditions tombent dans l’oubli d’autant que l’influence des autres cultures et religions importées (les religions musulmanes et chrétiennes)  ne sont pas favorables à l’organisation de certaines manifestations traditionnelles.  La jeunesse qui tend à l’assimilation se désintéresse des  événements rituels et coutumiers.

 

Allaye BANOU

 

Projet MDI


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